L'avenir de la lexicographie Anglo-Normande: vers une refonte de l'Anglo-Norman Dictionary ? |
Phase documentaire |
2° Re-dépouillement (hélas) de certains textes qui à l'évidence n'avaient pas été traités de manière adéquate dans le bon vieux temps du Glossary qui est à l'origine de l'AND1. Deux exemples (inquiétants): les Psautiers d'Oxford et de Cambridge (Godefroy a fait un travail plus correct), les Rotuli Parliamentorum. Ce ne sont assurément pas les seuls p393 textes à avoir été traités (il faut le dire) avec une certaine désinvolture. Nous laissons au lecteur assidu et curieux le soin de découvrir lui-même lequel des quelques 500 textes recensés dans la première édition ne contient pas un seul mot d'anglo-normand ... L'âge d'or que nous regrettons trop souvent ne le fut pas toujours. Ce travail de plus en plus et de mieux en mieux informatisé s'est effectué essentiellement grâce aux bases de données créées par Andrew Rothwell (Swansea). 1 |
Phase rédactionnelle |
Phase bibliographique [non achevée] |
Les textes exploités par l'AND1 sont souvent peu connus (c'est là une des contributions majeures du dictionnaire, cf. Möhren 1991, 1996, 1997) et la datation des citations n'est donc pas sans poser de problèmes au lecteur. Aux rédacteurs également, car plusieurs textes cités (et c'est notamment le cas pour des textes historiques et juridiques) sont en fait des compilations, renfermant des textes qui s'échelonnent sur plusieurs siècles. Qui plus est, la première citation (dans l'ordre chronologique) de l'AND2 n'est pas obligatoirement la première connue; car répétons-le, le dictionnaire n'a jamais été un dictionnaire à l'instar de l'OED (on historical principles) ou du DEAF de nos jours. Le travail de dépouillement n'a malheureusement pas insiste sur le Erstbeleg, mais plutôt (surtout au début de l'opération) sur les formes les plus insolites, les plus typiquement anglo-normandes. 2. Nous croyons cependant qu'il serait utile de p395 fournir dans la liste des textes (et sous réserve) une indication de la date des textes. Autre innovation: étant donnée l'importance et l'influence sans cesse croissante du remarquable DEAF, nous nous proposons de présenter (suivant en cela le DEAF lui-même, voir DEAFBibl 1993) une concordance des sigles de l'AND2 qui permette de retrouver celles du DEAF. |
p396 Et voici la version de l'AND2, une bonne vingtaine d'années plus tard: nous avons signalé par une trame ce qui était déjà dans l'AND1: |
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et si trové soit par tiel inquisicion que ils soient issint nomé par collusyon que adonques le brief abatera |
Comme on s'y attendrait, le DMF présente un tableau plus vaste et plus intéressant. 5 . |
Le FEW – il ne faut pas l'oublier – est un grand dictionnaire de l'afr. aussi bien qu'un grand dictionnaire étymologique 6 . |
Références bibliographiques |
AND1 = Rothwell, W., et al. (éds). Anglo-Norman Dictionary, Londres: Modern Humanities Research Association / Anglo-Norman Text Society. |
AND2 = Rothwell, W., Gregory, S., Trotter, D. A. (éds), avec l'assistance de Jefferson, L., et avec assistance technique de Rothwell, A. J., Anglo-Norman Dictionary: revised edition, en préparation. |
p406 Bliss, A., and Long J., 1993. Literature in Norman French and English to 1534 in Cosgrove, A. (éd.), A New History of Ireland, II: Medieval Ireland 1169-1534 Oxford, Clarendon Press, pp. 708-36. |
Dor, Juliette, 1994, Langues française et anglaise, et multilinguisme à l'époque d'Henri II Plantagenêt, Cahiers de civilisation médiévale, 37 pp. 61-72. |
Hickey, R., 1997, Assessing the relative status of languages in medieval Ireland in Fisiak, J. et Winter, W. (éds), Studies in Middle English Linguistics, Berlin, De Gruyter, pp. 181-205. |
TLL Hunt, T. 1991, Teaching and Learning Latin in Thirteenth-Century England, Cambridge, D.S. Brewer. |
A-N Med Hunt, Tony, 1994, Anglo-Norman Medicine I: Roger of Frugard's Chirurgia and the Practica Brevis of Platearius, Cambridge, D.S. Brewer. |
A-N Med Hunt, Tony, 1997, Anglo-Norman Medicine II: Shorter Treatises, Cambridge, D.S. Brewer. |
Jefferson, L. et Rothwell, W., 1997, Society and Lexis: the language of the records of the Merchant Taylors' Company, Zeitschrift für französiche Sprache und Literatur, 107, pp. 273-301. |
Jefferson, L., 2000a. The Anglo-French vocabulary of the Goldsmiths' Company Archives in Trotter 2000a, pp. 175-212. |
Kristol, A., 2000, L'intellectuel 'anglo-normand' face à la pluralité des langues: le témoignage implicite des manuscrits in Trotter 2000a, pp. 37-52. |
Möhren, F., 1981, Agn. afre/aver: Eine wortgeschichtliche und wissenschaftsgeschichtliche Untersuchung, Archiv für das Studium der Neueren Sprachen und Literaturen 218, pp. 129-36. |
Möhren, F., 1991, c.r. de l'AND1, Zeitschrift für romanische Philologie, 107, pp. 418-42. |
Möhren, F., 1996, c.r. de l'AND1, Zeitschrift für romanische Philologie, 112, pp. 148-50. |
Möhren, F., 2000, One-fold lexicography for a manifold problem? in Trotter 2000a, pp. 157-68. |
Risk, H., 1968-71, French Loan-Words in Irish, Études celtiques, 12, pp. 597-655. |
Risk, H., 1974-75, French Loan-Words in Irish, Études celtiques, 14, pp. 67-98. |
Rothwell, W., 1976, Medical and Botanical Terminology from Anglo-Norman Sources, Zeitschrift für französische Sprache und Literatur, 86, pp. 221-60. |
Rothwell, W., 1992a, French vocabulary in the archive of the London Grocers' Company, Zeitschrift für französiche Sprache und Literatur, 102, pp. 23-41. |
Rothwell, W., 1992b, The Problem of Law French, French Studies, 46, pp. 257-71. |
Rothwell, W., 1993, From Latin to Anglo-French and Middle English: The Role of the Multilingual Gloss, Modern Language Review, 88, pp. 581-99. |
p407 Rothwell, W., 1993b, The legacy of Anglo-French: faux amis in French and English, Zeitschrift für romanische Philologie, 109, pp. 16-46. |
Rothwell, W., 1994, The Trilingual England of Geoffrey Chaucer, Studies in the Age of Chaucer 16, pp. 45-67. |
Rothwell, W., 2000a, The Trial Scene in Lanval and the Development of the Legal Register in Anglo-Norman, à paraître in Neuphilologische Mitteilungen. |
Rothwell, W., 2000b, Aspects of lexical and morphosyntactical mixing in the languages of medieval England, in Trotter 2000a, pp. 213-32. |
Rothwell, W., à paraître, The statute of 1362 and the 'decay' of Anglo-French, étude en préparation. |
Trotter, D. A., 1994, L'anglo-français au Pays de Galles: une enquête préliminaire, Revue de linguistique romane, 58, pp.461-88. |
Trotter, D. A., 1998b, Les néologismes de l'anglo-français et le FEW, Le Moyen Français, 39-41, pp. 577-636. |
Trotter, D. A., 1998c, Some Lexical Gleanings from Anglo-French Gascony, Zeitschrift für romanische Philologie, 114, pp. 53-72. |
Trotter, D. A., 1999, L'importance lexicographique du Traitier de Cyrurgie d'Albucasis en ancien français, Revue de linguistique romane, 63, pp. 23-53. |
Trotter, D. A., 2000a, (éd.) Multilingualism in Later Medieval Britain, Cambridge, D. S. Brewer. |
Trotter, D. A., 2000b, The Anglo-French lexis of the Ancrene Wisse: a re-evaluation, à paraître in Wada, Yoko (éd.), Ancrene Wisse Essays, Osaka. |
Weiner, E.S.C., 2000, Medieval multilingualism and the revision of the OED in Trotter 2000a, pp. 169-74. |
Wright, Laura, 1996, Sources of London English. Medieval Thames Vocabulary, Oxford, Clarendon Press. |
Wright, Laura, 2000, Bills, accounts, inventories: everyday trilingual activities in the business world of later medieval England in Trotter 2000a, pp. 149-56. |
Notes | ||
| 1. | Tel père, tel fils… spécialiste de la poésie moderne, Andrew Rothwell est néanmoins devenu un pilier de l'AND, sans lequel la réédition aurait été inconcevable. [back] | |
| 2. | Nous avons tendance à croire que l'étiquette (pour ce qui est de la forme, c.-à.-d. morphologie/orthographe) est illusoire. D'une part, et surtout pendant la période tardive, il est très difficile de prétendre qu'il existe une spécificité formelle anglo-normande (par ex.: fausse opposition ch- ~ k- ~); d'autre part, et tout au long de l'histoire de l'anglo-normand (et de l'afr. en général), il faut se rappeler que très souvent, les distinctions qui sont à la base de nos manuels (par ex.: contre ~ cuntre) ne sont que le résultat de décisions (arbitraires? osons le dire) de la part des éditeurs, les mots se présentant très souvent dans les manuscrits sous forme abrégée. Voir la discussion très intéressante dans Kristol (2000: 49-52) et Wright (2000) [back] | |
| 3. | Dans la liste cumulative parue dans le dernier fascicule de l'AND1 (1992), il y a une indication du moment où un texte (non signalé dans le premier fascicule en 1977) a été admis. Bien sûr, ce sont les premiers fascicules où les additions bibliographiques auront le plus grand impact. [back] | |
| 4. | A-N Med = A-N Med Hunt 1994/1997 (voir Références bibliographiques en fin d'article); Durham2 = Durham Durham Account Rolls, éd. Canon Fowler, Surtees Society vols. 99 (1898), 100 (1898), 103 (1901); pour Goldsmiths' Min Bk, Mch Tayl Accs voir Jefferson & Rothwell 1997, Jefferson 2000; TLL = TLL Hunt 1991. [back] | |
| 5. | Nous citons ici non le DMF publié (il ne l'est pas, hélas) mais un volume de pré-publication que nous a envoyé M. Martin, et qui montre déjà le réel intérêt d'un ouvrage qui comblera une des grandes lacunes de la lexicographie du français. La très grande majorité des sens sont concrets et transitifs. A signaler cependant un sens (insolite mais révélateur?) de précipiter sous C.1.f, fin 15e (24a), ainsi que l'emploi quasi-juridique sous D.2 (25a) d'abattre la coutume de, dans Bersuire (1354-59), expression mal traduite (nous semble-t-il) par rompre l'habitude de (voir nos commentaires sur Gdf et TL). Il s'agit plutôt d'abolir les coutumes suivies par le sénat, les remplaçant par d'autres, comme l'indique le contexte. (Dans le DMF lui-même, D.3.b, est attesté le sens connu d'abolir (25b), dans un contexte très proche et à une date (1380) un peu mais très peu postérieure.) On remarquera aussi que le DMF cite Rothwell (1993b: 38) avec la même citation qui clôt l'article de l'AND2 qui est reproduit ci-dessus [back] | |
| 6. | C'est pourquoi il est curieux de ne pas le retrouver par exemple – et pour prendre le cas le plus flagrant – parmi les usuels de la Salle des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France. abbattuere a déjà bénéficié de la refonte (24, 16b-23a). Malgré une référence aux emplois en afr. et mfr. rendre nul (un mariage, une loi, etc.) (FEW 24, 17a) ainsi qu'à l'adjectif anglo-normand abatable qu'on peut annuler (lois, etc.) ou qui peut être privé d'une dignité (d'une personne) parmi les formes dérivées (FEW 24, 19b; l'adj. manque ds Gdf 8), rien dans ce traitement remarquable ne laisse soupçonner la richesse et la variété des sens juridiques qu'a assumés le verbe abatre en anglo-normand [back] |